07:36

" Ghost voice. "

Mon cœur était malade. Je le sentais, à ses pulsations qui ralentissaient, et à cette brûlure dérangeante qui s'agitait en moi. J'essayais d'oublier la douleur déchirante qui m'écartelait les poumons à chaque mouvement. J'étais contrainte de vivre repliée sur moi-même, pour éviter que le trou ne s'agrandisse un peu plus. Je devrais affronter l'idée - bien qu'elle me soit insupportable - que je ne le reverrai sûrement jamais. Il s'était volatilisé si vite que de la chaleur de son corps sur le mien ne restait plus qu'une pression glaciale me martyrisant. Il avait tout emporté avec lui. Ma vie avec. Je luttais pour ne pas me l'imaginer, pour repousser les souvenirs. Malgré tout, sa bouche se dessina nettement dans mon esprit, et articula des mots venus d'un autre monde :
" Tu es tellement, tellement fragile et vulnérable, Bella. "
Je revoyais ses yeux, me fixant avec une pitié non dissimulée.
Je secouai la tête pour chasser ces fantômes, trop douloureux à supporter. C'était trop tôt encore. Beaucoup trop tôt. Malheureusement, je ne réussis qu'à provoquer un élancement dans ma poitrine qui me coupa la respiration et m'arracha un gémissement de douleur.
" J'aurais toujours peur de te tuer. Chaque geste exécuté est un danger pour toi. " m’expliquait-t-il doucement.
" Et puis, c'est le meilleur choix pour moi. " articula-t-il, circonspect.
Je fermais les yeux, tout en priant pour que sa voix disparaisse. Je me levai d'un pas titubant, et alla m'arroser d'eau. Une seconde, je crus que j'avais réussis. Mais à peine la tête relevée, les intonations suaves retentirent une nouvelle fois :
" Bella, Bella, répétait-il, ce n'est pas la fin. C'est un tout nouveau début, au contraire. Crois-moi, ma Bella (je tressaillis), il est bien plus sain que nous nous éloignons. Du moins, pour le moment, avait-il ajouté devant mon expression horrifiée. "
Les larmes coulaient malgré moi, désormais. Lorsque mes hallucinations auditives cessèrent enfin, il était trop tard. La blessure s'était encore agrandie. Je tachais de me calmer, à coup de respirations lentes et mesurées. Au bout de quelques minutes, la brûlure s'apaisa enfin. Je m'allongeai prudemment sur mon lit, en déployant progressivement mes membres engourdis par la souffrance.
Ma mère me réveilla en rentrant. Elle vint se planter debout, devant moi, et déclara très calmement :
- Écoute Isabella, il va falloir que tu acceptes de te remettre à vivre. Tu savais que ça arriverait un jour, ce n'est pas faute d'avoir eu le temps de t'y préparer, et puis, ce n'était pas...
- Viens-en directement au fait, maman, la coupais-je.
- Et bien...
Elle semblait dubitative, ce qui m'inquiétât d'avantage.
- Je pensais que tu devrais peut-être consulter quelqu'un.
Elle avait craché son venin très vite, et si elle n'avait pas grimacé devant ma figure, on aurait même put croire qu'elle n'avait rien dit.
- Je sais, elle se reprit, je peux comprendre, que ça te semble difficile, mais tu verras, c'est un homme charmant qui...
- Parce que tu l'as déjà contacté ? criais-je.
- Écoute Bella, tu ne pensais tout de même pas que j'allais te laisser sombrer doucement sans jamais rien tenter pour te récupérer ? Tu as un rendez-vous lundi prochain, à 17 heures. Et il n'est pas facultatif ajouta-t-elle, soudain furieuse.
Je ne répondis pas, me contentant de la fusiller du regard tout en m'effondrant intérieurement. Un psychologue. Comme si ça pouvait m'aider. Je réussis tout de même à allumer ma chaîne, et à pousser le volume à fond pour lui faire comprendre qu'elle devait s'en aller. Ce qu'elle fit.
Je m'écroulais en sanglotant.

***

- Alors Isabella, quel est le problème ?
J'avais tout fait pour ne pas y aller, mais ma mère avait été catégorique. Me voilà donc dans un fauteuil inconfortable, en train d'écouter un homme pernicieux me susurrer de lui raconter ma vie. C'était un assez bon résumé de la situation.
- L'homme que j'aime le plus au monde est partit.
Bref, concis, je crois que je n'aurais pas put faire mieux sans risquer de me déchirer les poumons.
- Très-bien, acquiesça-t-il en griffonnant quelques mots sur un carnet.
Je me demandais bien ce qu'il avait put y mettre, car même en ayant la version développée, moi-même n'y trouvait rien à dire. Ce n'était pas quelque chose qui pouvait se commenter. Le vivre était déjà bien assez éprouvant.
- Depuis quand ?
Sa question me prit au dépourvut. Je ne savais même pas quel jour nous étions. Je cherchais, mais les repères temporels m'échappaient soudainement.
- Quelques mois je pense.
Les journées passaient si lentement qu'il me semblait s'être écoulée une éternité depuis qu'il avait franchit le seuil de la porte. A cette pensée, je frissonnais.
- En quoi cette séparation est-elle différente de celles passées ?
- La personne est différente, répondis-je immédiatement.
- Certes, mais n'était-il jamais partit ?
- Non, bien-sûr que non. Il ne me quittait jamais. Il avait bien trop peur que je me fasse mal.
Je me mordis la lèvre.
Il écrivit beaucoup plus, cette fois-ci. Je venais de lui donner la clef d'une fabuleuse porte dorée.
- Étiez-vous dépendante de lui ? me demanda-t-il d'une voix égale.
Cette interrogation me désarçonna. Je ne m'étais jamais posée la question. Pas comme ça, du moins. Je choisis la voix de la franchise. Autant que ma mère ne paye pas pour rien.
- En quelque sorte, oui.
- Et lui ?
Aïe. Nouvelle fissure dans mon cœur. La réciprocité de notre relation, voilà une bien belle entaille dans laquelle creuser. Si j’avais eut un jour la possibilité – ou la naïveté - de répondre par l’affirmative, ce temps-là était bel et bien révolu.
- Je ne pense pas répondis-je en essayant de paraître sereine.
Les trémolos de ma voix durent me trahir car il rebondit immédiatement :
- Vous auriez aimez ?
Le but était-il de me soigner où de me trouer de toute part ? La réponse ne me semblait plus aussi évidente.
- Je suppose, commençais-je, déstabilisée, que oui. Car ainsi il ne serait pas partit, et nous...nous serions ensemble désormais, jouissant d'un amour égalitaire.
Je respirais longuement, mais des larmes commençaient déjà à couler.
- Parlez-moi, m'ordonna-t-il d'une voix douce.
Quelque chose se cassa en moi. Je ne pouvais plus faire semblant. Dissimuler était devenu un...combat. Le cœur au bord des lèvres, je le vomis.
« Lui et moi, nous avions toujours été trop proches. Je veux dire, plus que nous aurions du l'être. Nous n’étions pas comme les autres couples. Lui était si…différent. Marginal. C'était une relation assez malsaine, en somme, car je ne pouvais me passer de lui. Il était devenu comme une drogue, alimentant ma vie, comblant ma soif, mon désir d'amour. Au départ, lui-même semblait être irrémédiablement attiré vers moi. Contre son grès, je suppose, mais avec une telle force que ce que je provoquais en lui, des désirs incontrôlables, faisait qu’il ne pouvait se détacher de moi. Mais avec le temps, peu à peu, lui, n'a...plus eu autant besoin de moi. »
C’était la première fois que j’osais le constater à voix haute. Je du me tenir les côtes pour ne pas crier de douleur. Lorsque je repris, ma voix était saccadée, presque haletante.
« Je m'accrochai cependant, lui arrachait des baisers, volant un peu de tendresse là où il y en avait encore. Sa…particularité faisait que l’on n’était jamais allé très loin, mais je pense que vers la fin de notre relation, elle n’était devenue qu’un prétexte pour me fuir. Je crois qu'il commençait à avoir peur de moi. Il croyait sans doute - et à juste titre - que s’il restait à mes côtés, je l'emprisonnerais à jamais. Qu’il ne serait jamais plus libre. Qu’il allait devoir veiller sur moi jusqu’à la fin, car j’étais trop sotte – ou trop humaine ? – pour préserver ma vie seule. Il m'aimait, cependant, et se sentait coupable de m'abandonner, car comme je vous l'ai dit, c’est lui qui assurait ma sécurité, c’est lui aussi qui me permettait de respirer. Mon bouclier contre la vie, ma bouteille d'oxygène. Et ce tuyau était en train de l'étouffer, de le priver de son propre air. Je ne sais pas si j'étais amoureuse, mais c'était un amour fusionnel et inconditionnel. Le genre d'amour intense mais éphémère. »
Éphémère. Je m'attardais sur ce mot.
« Oui, repris-je, je l'aimais. Trop. Et il est partit. Vous voyez, vous n'y pouvez rien. Il est partit et il a prit mes organes vitaux avec. Je suppose que si je vis encore, c'est juste par pure sadisme de la vie. Elle m'en a trop donné, avec lui, et à présent, elle ne sait plus comment me l'enlever. »
Ce que je disais me semblait bête et inutile. Ce n'était vraiment, vraiment, pas descriptible. Il n'y avait pas assez de mots pour décrire ce qui me liait à cet être, et encore moins pour tenter d'expliquer la douleur qui me déchirait. J'omis d'ailleurs volontairement de lui parler de cette souffrance atroce, cette brûlure vive, qui me consumait intérieurement et en silence, au même titre que je ne nommais pas la fameuse particularité de mon ex conjoint, source de tous mes problèmes. Il me penserait folle à liée. Et vraiment, je ne vois pas comment j'aurais put lui en vouloir...
" Bella, ma chère et tendre Bella, souffla la voix dans ma tête, que fais-tu là ? "
Je ne sais pas. Je suis ici parce que tu m'as rendu complètement barge, voilà tout.
" Isabella, me gronda-t-il, tu n'es pas folle, d'aucune façon. Tu es juste brisée. "
Oh si. Je suis dérangée émotionnellement. Et en plus, je suis folle de toi.
Je n'aurais pas du dire ça.
Son rire me déchira le cœur.
" Non Bella, me corrigea-t-il, ce n'est pas vrai. "
Pourquoi ? J'hoquetais, ma voix se coinçait entre des sanglots ridicules.
Il ne me répondit pas.
" POURQUOI ? " Criais-je.
" Pourquoi tu m'as abandonné, Edward..."
La pitié de son regard me transperça.


La douleur me submergea entièrement, et je m'effondrais sur le sol.



NDLR : Une deuxième nouvelle sur Twilight. Celle-ci se passe dans Tentation. Edward est partit. Vous comprendrez le reste par vous-même =)

1 commentaires:

Cookie a dit…

Et tu sais quoi ?
Moi j'aime tes textes ! N'arrête pas d'écrire, ce que tu fais est magnifique. On se retrouve dans tes textes. Deviens romancière, moi j'achèterai tes livres ma Kirikette (L)

PS : J'attends ton appel avec impatience petite ingrate que j'aime fort (L)